problématique de l'eau.
Comment devrait s'organiser selon vous la gestion de l'eau dans le
département, particulièrement en matière agricole ?
Tout d'abord, il nous semble important de relever un certain nombre de contre-vérités ou de grandes questions qui sont restées sous le boisseau.
En premier lieu, il est faux de dire que l'eau qui a servi à l'arrosage ou à l'irrigation des plantes est restituée intégralement au milieu. En effet, la plante absorbe l'eau et en consomme une grande partie. Un tiers de l'eau utilisée s'évapore et enfin, surtout dans les grandes cultures, l'eau qui revient aux bassins par ruissellement est chargée de produits phytosanitaires de traitement ou d'engrais lessivables.
Donc, les conséquences de l'irrigation ou de l'aspersion sur les cultures ne sont pas aussi neutres que ce qui nous est présenté comme une simple utilisation. Il y a bien consommation et destruction partielle de la ressource.
La deuxième question importante que Mr Gay a légèrement effleurée, tout en se gardant de l'aborder, est celle de la pression agricole sur l'utilisation de l'eau et de la répartition des usages.
Si l'irrigation agricole prélève effectivement plus de la moitié de ses volumes dans les rivières du Lot et de la Dordogne sur lesquelles il n'y a pas réellement de souci quand à la ressource, 4 à 5 millions de m3 sont régulièrement pompés dans les petits cours d'eau qui ont pour leur part, à certains moments de l'année, de réels problèmes à assurer la globalité des prélèvements. Ce qui met en péril l'équilibre des milieux fragiles –zones humides, ripisylves, pisciculture.
Cela justifie donc les mesures restrictives qui sont alors prises par les organismes de l'Etat ou du département. Malheureusement, ces mesures de restriction lorsqu'elles sont prises arrivent trop tard, dans un milieu déjà dégradé et ne jouent plus leur rôle de prévention. La prévention doit s'effectuer avant que le risque ne s'installe et est liée à une gestion raisonnée, raisonnable et globale tout en tenant compte des disparités locales, comprise et acceptée par tous. Or, la somme des autorisations est supérieure à la capacité du milieu à fournir cette eau d'où l'obligation de revenir périodiquement sur celles-ci et de mettre en place des arrêtés de restriction .qui, d'une part, sont mal perçus puisqu'ils arrivent au moment où l'usager en a le plus besoin et, d'autre part, sont en règle générale inefficaces parce que trop tardifs.
Ce système des autorisations délivrées sans discernement et sans étude préalable réelle des capacités du milieu, est un système non fiable. A la Confédération Paysanne, depuis de nombres années, nous demandons aux organismes compétents que ce système soit révisé en fonction des capacités du milieu et que l'ensemble des autorisations soit reconsidéré.
L'agriculture doit s'adapter au milieu et non pas le contraire
Il nous paraît fondamental d'anticiper plutôt que d'interdire et, pour ce faire, nous pensons qu'il faut adapter nos productions et nos pratiques culturales au milieu dont nous disposons.
C'est à l'agriculteur d'adapter ses productions au milieu et non pas le contraire. Il existe des alternatives, en particulier en matière de fourrage, pour des plantes qui consomment ou valorisent peu d'eau comme les sorghos, les associations fourragères graminées/légumineuses et la mise en place d'un système d'assolement et de rotation des cultures. Tout ceci, associé à un travail respectueux du sol qui ne détruit pas la couche humique et empêche l'érosion des sols et le ruissellement.
Nous n'en voulons pour preuve que l'évolution vers ces pratiques que les agriculteurs ont mises spontanément en place pour pallier les difficultés et les restrictions des dernières années. De même qu'une récente étude de l'INRA a mis en lumière l'intérêt des plantes dites " mauvaises " (adventices ou broussailles) dans l'alimentation des troupeaux ce qui contribue, d'une part, à la biodiversité et, d'autre part, à des productions plus qualitatives et permet de s'adapter aux nouveaux contextes bio-climatiques. De la même façon, la gestion des cultures grosses consommatrices d'eau et d'intrants doit être raisonnée en fonction des critères économiques et environnementaux.
On peut aussi relever une situation analogue pour les adductions d'eau potable qui ne tiennent pas compte de l'évolution des habitudes de consommation et donc d'un prélèvement accru, ce qui entraîne dans certains bassins un déséquilibre important entre les ressources et les besoins.
En outre, dans certaines régions comme le Ségala, la capacité de production d'eau potable se trouve réduite du fait d'une pollution importante des nappes souterraines. Ce n'est pas parce que l'on semble disposer d'une capacité suffisante en certains endroits que celle-ci est de bonne qualité et utilisable intégralement.
Vous relevez que le directeur de l'agriculture n'a pas évoqué les
risques de pollution qu'encourt notre département. Quels sont-ils
selon vous ?
Du fait d'une implantation des cultures irriguées autour des points de pompage (ou des lacs collinaires), il y a forcément concentration des taux de pollution par les engrais, les produits de traitement phytosanitaires, les pesticides et augmentation des taux de nitrate due à la synergie eau/chaleur.
En outre, la possibilité d'irriguer encourage la monoculture qui est à moyen et long terme néfaste à la structure des sols. La matière organique ne peut plus se régénérer du fait de terres battantes et l'on assiste à des phénomènes de ruissellement qui entraînent les limons et, par lessivage, diffusent dans les cours d'eau et les nappes, les produits déversés sur les plantes.
Les effets de cette pollution sont bien connus : eutrophisation, empoisonnement accidentel de la faune aquatique, toxicité des eaux de consommation.
Dans une étude réalisée en 2004 sur la qualité des eaux en Midi-Pyrénées, le GRAMIP ( Groupe Régional d'Action Midi-Pyrénées ) a relevé que dans les eaux souterraines, les molécules les plus fréquemment détectées sont les triazines, le glyphosate , le métolachlore et la bentazone qui sont des herbicides. Il en est de même dans les eaux superficielles avec des pics de concentration observés lors des épisodes pluvieux.
En matière de souveraineté alimentaire, la Confédération paysanne met
en avant une position différente de celle défendue par Serge Gay.
Quelle est votre conception sur ce sujet ?
Les paysans doivent relever un défi majeur dans les années qui viennent : nourrir en quantité, en qualité et en diversité une population mondiale en rapide augmentation. Et ceci dans le cadre d'un réchauffement climatique inéluctable et de l'épuisement de l'énergie fossile. Et ce n'est pas avec des politiques agricoles très coûteuses, agressives sur les marchés mondiaux, qui développent la compétition entre producteurs, entre régions et entre continents ou dans l'assistanat calculé, que l'on relèvera ce défi.
Irriguer du maïs à outrance, sans souci de partage avec d'autres utilisateurs et avec des pollutions avérées que cela entraîne, c'est poursuivre un modèle de développement néfaste qui provoque des surproductions et va casser les marchés locaux dans les pays du sud.
A Dakar, les fruits et légumes importés de l'Union européenne sont vendus au tiers du prix des productions locales. Et les meilleures terres de ces pays sont accaparées pour produire des cultures d'exportation pour l'Europe (ex : melons en Espagne). Par milliers, les jeunes des pays du Sud tentent de " passer au Nord " pour survivre. S'ils ne périssent pas en mer ou dans le Sahara, ils pourront alors se faire exploiter sous les 25 000 ha de serres au sud de l'Espagne, en Andalousie, pour produire des fruits et légumes en masse, qui sont vendus à bas prix dans leurs pays d'origine. Cette vision des échanges agricoles est destructrice pour les paysans du Nord comme du Sud, pour l'environnement et la ressource en eau.
La Confédération Paysanne propose, au contraire, de permettre à tout pays ou groupe de pays de garantir sa souveraineté alimentaire : cela passe par la reconquête de l'agriculture vivrière partout dans le monde ; le partage et la préservation des ressources naturelles et de l'eau en particulier ; la re-localisation des productions pour éviter de transporter des denrées de base sur des milliers de kilomètres ; et des échanges équitables pour tout ce qui ne peut être produit sur place. Cette vision, loin d'être réductrice, permettra de sortir petit à petit de la famine ou de la malnutrition les 842 millions d'êtres humains (dont 2/3 de paysans) qui sont touchés par ce fléau. Ce que le modèle agricole actuel s'avère incapable de faire malgré les nombreuses promesses.
Alors que le directeur de la Chambre d'agriculture considère qu'il
n'y a pas lieu de restreindre l'utilisation de l'eau, sauf dans
certains cas particuliers, vous prônez pour votre part, une gestion
économe. Pourquoi ?
La ressource en eau n'étant pas illimitée (étiage des rivières en été), il nous semble essentiel d'en maîtriser l'usage pour permettre à tous ceux qui peuvent y avoir accès, d'utiliser une irrigation de " sécurité " pour des cultures exigeantes en eau et à haute valeur ajoutée (cultures légumières par exemple). A condition, toutefois, que ceux-ci respectent de " bonnes pratiques " en matière d'engrais chimiques et de pesticides. Elle ne doit en aucun cas rester le privilège d'une " élite ". Aujourd'hui, la question qui se pose est autant celle de la répartition et de la mise en partage des usages que du volume des consommations.
L'utilisation des variétés résistantes à la sécheresse et le choix de l'herbe plutôt que du maïs pour les ruminants permettraient de réduire les besoins en eau d'irrigation donc réduiraient les coûts et, par là même, l'intensification des cultures et de l'élevage. L'irrigation systématique est l'un des symptômes d'une agriculture " obèse ", concentrée dans quelques mains et très polluante. Economiser l'eau pourrait s'avérer une médecine efficace pour retrouver une agriculture saine, plus respectueuse de l'environnement et mieux répartie sur le territoire.
COMMUNIQUE DE PRESSE
Cotisants
solidaires : toujours un sous-statut malgré une activité agricole reconnue
Depuis de nombreuses années, la Confédération
paysanne se bat pour faire reconnaître les droits des cotisants solidaires
(personne exploitant une surface comprise entre le dizième et la moitié de la
surface minimum d’installation) . Elle est ainsi intervenue à de
nombreuses reprises auprès des pouvoirs publics pour y parvenir.
Grâce à nos efforts, la Loi d’Orientation Agricole
(LOA) de janvier 2006 admet enfin leur activité agricole par l’ouverture d’un
droit à une assurance pour les accidents du travail et maladies
professionnelles. Il est incompréhensible que, avec l’aval de la FNSEA, cette
amélioration ne s’étende toujours pas à leur donner accès à un réel statut
d’actif agricole et à l’ensemble des droits (et devoirs) afférents :
autres droits sociaux (principalement retraite), accès prioritaire au foncier,
accès aux droits à primes et à produire, droit de vote, droit à la formation
VIVEA…
A l’heure où les décrets sont en cours de
validation au ministère, la Confédération paysanne rappelle qu’il aurait été
tout aussi facile réglementairement et beaucoup plus équitable d’ouvrir l’accès
au statut de chef d’exploitation par une déclaration d’heures de travail (à
cotisations équivalentes). Cela permettrait de sortir de la référence unique à
une surface minimum à l’installation (SMI) qui n’est pourtant plus le seul
reflet de l’activité agricole. Pour la Confédération paysanne les chefs
d’exploitation doivent par ailleurs :
-
avoir une activité agricole en lien avec le marché,
-
participer aux travaux de la ferme,
-
en assumer l’aléa économique,
-
s’inscrire au registre de l’agriculture (prévu par
la LOA de 1999).